mardi 3 juillet 2007

Sens interdit

Lors d'une émission où Ruquier recevait une certaine Corinne Maier pour la sortie de son opus No Kid, Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant, Polac intervient pour confier curieusement qu'il a eu une fille accidentellement et qu'il aurait préféré ne pas avoir d'enfant. A l'en croire, il n'est pas du tout certain que l'humanité mérite un avenir. Polac serait-il en faveur de la destruction pure et simple du monde? Ce nihilisme sombre est aussi l'apanage de son éditeur, Jaccard le Noir, celui qui, au nom du pessimisme conséquent, jurait de se suicider après soixante ans. On attend toujours l'exécution de sa résolution macabre, et, bien qu'on se réjouisse que la vie supplante ses détracteurs au sein de leurs incarnations les plus contestataires, il est remarquable que l'inconséquence de Jaccard indique la fausseté de son discours. Derrière cette pose affectée, ce dandysme boudiné, nos contempteurs, joyeux ou désespérés (car on pourrait inclure dans cette liste médiatique l'écrivain Sollers au bras long), illustrent à leurs corps défendants, et quelque protestation qu'ils émettent, l'avertissement prémonitoire de Dostoïevski : si Dieu est mort, tout est permis. Dans le monde de l'absurde, effectivement, la seule donnée conséquente demeure la domination et l'asservissement de l'autre. Les élites de la démocratie hypocrite profitent de leur positionnement avantageux pour rétablir furtivement le totalitarisme qu'elles combattent avec vigueur sur le devant de la scène. L'exercice du pouvoir, quel qu'il soit, incline aux us et abus de la puissance. Dans le monde morcelé de l'absurde, tout acte d'amour est pure folie. Seule demeure la quête éperdue du plaisir. Le plaisir comme domination conduit à la surenchère et à la destruction. Pas étonnant dans ces conditions que les puissants trouvent leur miel dans des conduites qui ne sont pas leur apanage, tant s'en faut, mais qui constituent les dérives conséquentes auxquelles pousse l'exercice inconséquent de la domination. Le nihilisme ou la démesure, c'est l'homme qui perd le sens de la mesure et de l'existence. Comme par enchantement, les pédophiles (les pervers) sont ces êtres de ressentiment qui haïssent la vie dans la mesure où elle inclut l'acceptation du devenir et du vieillissement. L'attirance sexuelle pour la jeunesse est fascination fantasmatique pour l'Age d'or, soit la jeunesse identifiée comme représentation de l'éternité. Comme le vampire suce le sang de ses victimes pour accéder à la vie éternelle, le pédophile pense échapper au temps en contractant des rapports sexuels avec des enfants ou des adolescents. Le pédophile n'accepte ni le devenir, ni la mort. Il rapporte l'enfance au symbole de la vie contre la mort. Le pédophile est moderne en ce que la perversion est le symbole de la modernité (ce qui n'implique pas que la perversion n'ait pas existé auparavant). Le refus de la mort est la perversion par excellence. Le pédophile aimerait non seulement échapper aux griffes de la vieillesse, mais s'installer comme fin de la création. Le pédophile est ce Lucifer révolté qui n'accepte pas sa condition d'être de passage. Son refus de transmettre la vie exprime son dégoût pour la finitude, pour le réel et pour toute forme de joie véritable. La pose du desesperado n'est jamais que la pause ontologique par excellence, comme si le pédophile se vengeait de la structure du réel en essayant de v(i)oler la jeunesse à ceux qui en sont pourvus provisoirement et qui acceptent que la vraie richesse se situe dans la transmission, non dans la possession.

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