jeudi 5 juillet 2007

Dichotomie

Plus on en dit, moins on en fait. Cette sentence populaire, reconnue comme pertinente et valide d'ordinaire, je vois mal pourquoi elle ne s'appliquerait pas à la prose de Matzneff. Selon ce jugement, Matzneff en dit tellement que la dichotomie entre ses faits et ses prétentions mérite (au moins) d'être évoquée. Soit Matzneff est un mythomane plus ou moins conscient, qui exagère la qualité et la fréquence frontale de ses galipettes pour se donner de la consistance, soit Matzneff est un pervers qui transforme dans le discours la violence en bienfait. Quand je lis Matzneff, je men sens tout petit et complexe : quel héros que cet homme qui bande sans discontinuer des heures durant et qui fait l'amour à la commande! Rocco Siffredi fait écrivain, il faut que Damne Nature ait été généreuse en atouts et atours ! On sait que l'exagération de la virilité (réduite aux performances sexuelles, ce qui en dit long des préjugés qui agitent certains milieux) n'est pas seulement la marque d'une puérilité attachante : elle permet aux hommes de transcender leur fragilité constitutive, même si transcender rime avec transgresser. Les rumeurs sur les maîtresses incessantes de Mitterrand à la fin de son existence laissent songeur : comment un vieillard durement touché par le cancer généralisé, qui plus est attaqué à la prostate, disposerait des moyens physiques et psychologiques pour collectionner les maîtresses et les ébats sexuels? L'absence de réalisme laisse songeur. Là n'est pas le pire : si l'on prête l'oreille à la polysémie de la sentence, l'on entend rapidement que l'absence d'action, ou sa faiblesse, s'entend aussi qualitativement : moins on en fait - c'est-à-dire moins ce qu'on tente est imprégné de valeur. Dans ce sens, l'érotomanie n'est pas une libération, ou l'accession à une sphère supérieure et meilleure - enviable, quoi. C'est une redoutable maladie psychiatrique, dont certaines stars fortunées essaient de perdre l'habitude destructrice. La nymphomane est couramment moquée comme une personne chez qui le consentement s'est confondu avec la violence. La qualité de la sexualité ne se jauge heureusement pas à la fréquence des pulsions, sans quoi le maniaque sexuel irrépressible serait considéré comme un crack. Un peu de nuance et de finesse! Au passage, on notera que chacun mesure combien le consentement est concept inopérant dans le cas de la nymphomane. Les objections sur le consentement de Catherine Millet, qui a narré ses expériences roboratives dans La Vie sexuelle de Catherine M., écoulé à 2,5 millions d'exemplaires selon Wikipédia, sont éclatantes. Si la réalisation du fantasme fait vendre, comme un interdit qu'on est bien heureux de voir effectuer par d'autres, les bobos gogos qui estiment qu'ils se hissent au-dessus du commun en transgressant, chacun sait vite combien la lecture de Millet fut un pensum, sitôt la trentième page écoulée. Millet prise dans toutes les positions contre un buisson du bois de Boulogne, par une multitude de partenaires anonymes, il est vrai que la réalité n'a rien d'excitant pour le plus grand nombre, si l'on fait abstraction de quelques énergumènes qui cherchent dans l'extrémisme un plaisir qu'ils ne sont pas près/prêts de trouver... La répétition lasse et c'est en quoi l'on peut parler d'échec de la modernité.

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