vendredi 18 mai 2007
Ralliements
A en croire Edwy Plenel dans Ce soir ou jamais, Catherine Pégard, éditorialiste au Point, hebdomadaire qui roulait pour Sarkozy, hebdomadaire dirigé par FOG, dont l'actionnaire est Pinault, Catherine Pégard a été nommée conseillère de l'Elysée. Quant à la journaliste du Figaro qui relatait la campagne de Ségolène Royal, Myriam Lévy, elle intègre, au titre de conseillère en communication, l'équipe de François Fillon. Passée par l'AFP et Le Parisien, où elle a couvert le RPR puis l'UMP, Mme Lévy était entrée au Figaro il y a trois ans pour couvrir l'actualité du Parti socialiste. Le clou du spectacle est atteint avec le ralliement de Georges-Marc Benamou. L'ancien directeur du journal mitterrandiste Globe Hebdo, éditorialiste à Nice Matin et intervenant de la chaîne i-Télévision, retrouve l'équipe de l'Elysée après avoir conseillé le candidat depuis l'été 2006. Les collusions troubles entre les médias et le pouvoir UMP sont d'autant moins étonnants qu'il suffit de consulter la liste des actionnaires de la presse, de la télévision ou de la radio pour comprendre que l'ultralibéralisme dicte sa conduite et sa loi au travers d'informations prétendument contradictoires et impartiales. Libération n'est plus libertaire depuis belle lurette, surtout depuis que Rotschild en a repris les rênes financiers et attribué la direction à Laurent Joffrin, ancien directeur du Nouvel Observateur. Le Monde est tenu par l'actionnaire Lagardère et le conseiller tout-terrain Alain Minc, qui est de gauche pourvu que la gauche soit de droite. Le désormais célèbre Vincent Bolloré tient (entre autres) la chaîne TNT Direct 8. Dominique Jamet, directeur de la rédaction de France Soir, a démissionné de son poste à la suite d'un "désaccord sur la politique éditoriale" du journal avec le directeur de la publication, le promoteur immobilier Jean-Pierre Brunois. L'information grand public sera bientôt d'autant plus libre qu'elle se trouvera formatée par les normes de la pensée unique et du système de la finitude.
Occident
Et si l'extrême-droite française avide de pouvoir, après avoir investi le mirage socialiste sous l'ère Mitterrand, s'était décidée à infiltrer, à l'instar du restant de l'Occident, la droite conservatrice?
L'ombre de Mai 68
Si l'on en croit Alain de Benoist, la critique de Mai 68, telle que Sarkozy l'opère, ne retient que la caricature d'une seule influence, que l'on pourrait résumer au slogan : "Il est interdit d'interdire". C'est la dénonciation bien connue de l'autoritarisme, le refus des contraintes, le rejet de l'autorité, des normes et des valeurs, la liberté intégrale. Sur ce premier point, il est certain que la réaction aux excès d'autorité et à la pesanteur conservatrice fut en son temps urgente et salutaire. Mais il est tout aussi certain qu'une société en perte de valeurs est une société où le principe de l'échange fonctionne mal, une société promise au délitement. L'école représenterait une excellente incarnation des dérives et des impasses auxquelles mène le refus de l'autorité et de l'effort - le refus de la vie. D'un point de vue général et distancié, il ne serait pas aberrant de remarquer que Mai 68 fut un mouvement de réaction extrémiste, qui porte en son sein les germes de la décadence propre aux sociétés de consommation : l'hédonisme revenant, non à s'opposer aux valeurs nauséabondes que charrie la société de consommation, mais à en exiger la réalisation jusqu'au-boutiste. Non plus le progrès, mais le Progrès; non plus le bonheur, mais le Bonheur, en somme. Qu'une certaine critique très orientée oublie de Mai 68 son aspect le plus important n'est pas acte fortuit, mais bien volontaire : Alain de Benoist a raison de rappeler que Mai 68 fut aussi la critique de la société de consommation, de la société du spectacle, de l'idéologie marchande. Cette seconde impulsion est autrement plus saine, féconde et riche en développements futurs et l'on comprend qu'elle soit aujourd'hui la cible de la réaction ultralibérale. Fondamentalement, les diatribes démagogiques de Mai 68 ne dérangent pas l'esprit du capitalisme forcené tel que la mondialisation en porte les fruits avariés. Alain de Benoist a raison de remarquer que les revendications vagues et superficielles de l'hédonisme s'accommodent à merveille de l'ordre capitaliste. Il n'est pas étonnant que bien des soixante-huitards, selon une critique fameuse et désabusée, aient été les premiers à manipuler leurs idéaux pour imposer l'esprit de consommation le plus pernicieux. "Jouissons!" n'est jamais que le slogan poussif et réducteur que distille la société de consommation quand elle entreprend d'édicter ses mérites impavides. L'idéologie contemporaine hégémonique a tout intérêt à dénaturer et discréditer la facette sensée de Mai 68 en la recouvrant sous la caricature d'une lame écumeuse, dénuée de fond, peu cohérente. La critique de la société de consommation est en contradiction directe avec l'image d'Épinal qu'on prête à Mai 68 pour enterrer la contestation sous les gravats de l'utopie stupide et post-adolescente. Loin de s'avérer démagogique et décadente, elle annonce parce qu'elle dénonce les limites du libéralisme poussé à son paroxysme (la nécessité évolutive du libéralisme est d'engendrer l'ultralibéralisme) en instituant une critique radicale et pertinent de la société de consommation. Soit dit en passant, Mai 68 ne fut pas que la révolte navrante de quelques hippies en mal de repères. L'événement annonce rien de moins que la sortie tout aussi nécessaire et prévisible du libéralisme. Cette sortie s'énonce à partir d'un constat implacable : plus que tout autre, le monde du fini est un monde périssable - à court terme.
jeudi 17 mai 2007
Longue vue
Avis aux presbytes! L'alternative à l'ultralibéralisme rampant se nomme certes dans un futur proche la social-démocratie. Mais l'ultralibéralisme est l'inéluctable fin du libéralisme. La main invisible accouche du capitalisme des actionnaires, qui n'en finit plus de rétablir les inégalités destructrices et mondialisées. Le futur de la gauche, le véritable progrès qu'elle peut apporter, c'est la sortie du libéralisme. Non pas en proposant des sauces ineptes et inefficaces, appartenant au passé sinistre, mais en considérant que le libéralisme n'est pas pérenne pour l'avenir de l'humanité. Le discours de la gauche à venir consistera à redessiner les contours du réel et à donner à l'homme une véritable perspective de développement. Il serait temps de rappeler que sans objectif de croissance, l'homme dépérit et s'entre-tue. L'homme est un animal qui tombe dans la destruction s'il n'utilise pas sa violence et son désir pour les retourner en énergie constructrice. La prochaine colonisation sera celle de l'espace. La gauche y sera favorable.
Hommages collatéraux
"Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder de projectiles une ville assiégée que d'assassiner quelqu'un à coups de hache."
Fiodor Dostoïevski.
Fiodor Dostoïevski.
Ce soir ou jamais?
Episode 8.
Le philosophie Vincent Cespedes rappelle que la pornographie est aussi et surtout l'industrie de la performance, du stéréotype, de la marchandise. Consternation sur le plateau, surtout que notre philosophe accroît le malaise en rappelant que la pornographie, loin du cliché parvenu et passéiste de la subversion par le sexe, est avant tout l'arme du puritanisme au service de l'onanisme et du supplétif poussif aux fantasmes évaporés. Katsuni, qui préside le Syndicat des Hardeuses Extasiques, rappelle que la masturbation est aussi source d'épanouissement, comme l'eau minérale et les voyages. Quant à l'inénarrable Catherine Millet, elle insiste sur le fait que les adolescents ayant accepté de participer à un film pornographique n'en gardent pas moins leur Candeur Eternelle et Ineffable. Il faut expliquer que Cespedes a eu tort d'affirmer qu'un adolescent de douze ans sur deux s'est initié à la sexualité par le truchement du film pornographique, en libre accès sur Internet, par exemple, et qu'il s'est inspiré de ses stéréotypes les plus éculés et brutaux pour reproduire le schéma dans la réalité. Non, pour Millet et les autres, l'important est de poursuivre et perpétuer l'idéologie, révolutionnaire et source de progrès, de la finitude, comme la panacée ayant permis de passer de la glace à la lumière, où la pornographie possède toute sa place de choix, où quelques branchés peuvent se réclamer de la liberté et de la libération pour oublier (en feignant de plus belle) l'insigne majorité de paumés que leur révolution morale engendre. Il est vrai que le maître-mot est : pas de morale - pas de moralisme. Surtout, ne pas penser - aux conséquences. Le monde entier est libre de faire comme bon lui semble, certaines comme Millet, de multiplier les partouzes et les virées au bois de Boulogne, d'autres comme Katsuni le strass séminal, quelques autres les offrandes tarifées. Dans tous les cas (médiatisés), le Bonheur est garanti! Pour les réclamations, la maison ne fait ni reprise, ni crédit. La maison tient à sa survie. Est-on également libre d'assumer sa solitude, son désenchantement, le quantitatif comme impasse, cette impression de répétition interminable qui vient remplacer l'échange irremplaçable et commuer l'humain, cet indéfinissable, en objet - de définition plus abordable et acceptable?
Le philosophie Vincent Cespedes rappelle que la pornographie est aussi et surtout l'industrie de la performance, du stéréotype, de la marchandise. Consternation sur le plateau, surtout que notre philosophe accroît le malaise en rappelant que la pornographie, loin du cliché parvenu et passéiste de la subversion par le sexe, est avant tout l'arme du puritanisme au service de l'onanisme et du supplétif poussif aux fantasmes évaporés. Katsuni, qui préside le Syndicat des Hardeuses Extasiques, rappelle que la masturbation est aussi source d'épanouissement, comme l'eau minérale et les voyages. Quant à l'inénarrable Catherine Millet, elle insiste sur le fait que les adolescents ayant accepté de participer à un film pornographique n'en gardent pas moins leur Candeur Eternelle et Ineffable. Il faut expliquer que Cespedes a eu tort d'affirmer qu'un adolescent de douze ans sur deux s'est initié à la sexualité par le truchement du film pornographique, en libre accès sur Internet, par exemple, et qu'il s'est inspiré de ses stéréotypes les plus éculés et brutaux pour reproduire le schéma dans la réalité. Non, pour Millet et les autres, l'important est de poursuivre et perpétuer l'idéologie, révolutionnaire et source de progrès, de la finitude, comme la panacée ayant permis de passer de la glace à la lumière, où la pornographie possède toute sa place de choix, où quelques branchés peuvent se réclamer de la liberté et de la libération pour oublier (en feignant de plus belle) l'insigne majorité de paumés que leur révolution morale engendre. Il est vrai que le maître-mot est : pas de morale - pas de moralisme. Surtout, ne pas penser - aux conséquences. Le monde entier est libre de faire comme bon lui semble, certaines comme Millet, de multiplier les partouzes et les virées au bois de Boulogne, d'autres comme Katsuni le strass séminal, quelques autres les offrandes tarifées. Dans tous les cas (médiatisés), le Bonheur est garanti! Pour les réclamations, la maison ne fait ni reprise, ni crédit. La maison tient à sa survie. Est-on également libre d'assumer sa solitude, son désenchantement, le quantitatif comme impasse, cette impression de répétition interminable qui vient remplacer l'échange irremplaçable et commuer l'humain, cet indéfinissable, en objet - de définition plus abordable et acceptable?
Faux et usage de faux
"Surtout ne vous mentez pas à vous-même. Celui qui se ment à soi-même et écoute son propre mensonge va jusqu’à ne plus distinguer la vérité ni en soi ni autour de soi ; il perd donc le respect de soi et des autres. Ne respectant personne il cesse d’aimer, et pour s’occuper et se distraire, en l’absence d’amour, il s’adonne aux passions et aux grossières jouissances ; il va jusqu’à la bestialité dans ses vices, et tout cela provient du mensonge continuel à soi-même et aux autres."
Dostoïevski.
Dostoïevski.
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